• SIMEON

    SIMEON

    Dix saints portent ce prénom. 

     

    SAINTE-HONORINE-DES-PERTES :  

             La tradition rapporte que les eaux de la fontaine Saint-Siméon à Sainte-Honorine guérissent de la fièvre.

             "Les vies de saints nous présentent plusieurs saints du nom de Siméon. Le Siméon qui nous intéresse ici fut moine à Syracuse (Sicile), dans une communauté plongée dans une si extrême pauvreté que l'abbé le dépêcha près de l'évêque de Rouen qui entretenait des relations étroites avec des Normands installés en Sicile où ils avaient construit une cathédrale. Mais l'évêque refusa tout subside. Siméon repartit, physiquement délabré, les pieds en sang. Il les baigna dans une source qui, miraculeusement, le guérit. C'est du moins ainsi que nous le conte la légende. Ayant quitté la région, il se fit ermite et mourut dans un trou de rempart à Trèves (Germanie). (...) Dans le Calvados, saint Siméon est invoqué pour les maladies de peau à Sainte-Honorine-des-Pertes (canton de Trévières) où sa statue figure dans l'église."

    in Les saints qui guérissent en Normandie d'Hippolyte Gancel, éditions Ouest France 1998.

    “Sur le territoire de la paroisse de Sainte-Honorine-des-Pertes sont toujours visibles, non loin de la falaise qui surplombe la mer, les ruines de la chapelle Saint-Siméon, détruite lors du débarquement allié de 1944 ; située en contrebas, à flanc de falaise, la fontaine Saint-Siméon n'est plus accessible depuis 1960. L'édifice en ruine avait été construit au XIXe siècle en remplacement d'une chapelle remontant au XIIIe siècle et remplaçant, dit-on, un sanctuaire plus ancien, bâti plus près de la mer et ruiné par le recul de la falaise.

    Jusqu'à la Deuxième guerre mondiale, les fidèles venaient à la chapelle implorer saint Siméon pour obtenir la guérison des "fièvres" : paludisme appelé "fièvre tremblante", fièvre de Malte, etc... Jusqu'en 1960, les malades allaient boire l'eau de la fontaine, ou encore leurs linges y étaient trempés ; on y baignait aussi les enfants rachitiques... Les demandes de messe ont continué de parvenir au presbytère de Sainte-Honorine jusqu'à nos jours bien qu'il n'y ait plus de curé depuis 1983 elles sont adressées de diverses localités du Bessin et du Saint-Lois.

    La statue de saint Siméon dans l'église de Sainte-Honorine continue actuellement d'être l'objet de pratiques de pèlerinage. Elle représente le saint sous l'apparence d'un ermite. Or la statue de la chapelle détruite en 1944 était celle du Vieillard Siméon de la Présentation au Temple ! D'ailleurs, jusqu'en 1940, lors de la Petite Saint-Siméon, l'après-midi de la fête de l'Ascension, les gens venaient en procession à la chapelle (les diverses paroisses voisines, notamment de Port en Bessin, en chantant le Nunc dimittis, le psaume prophétique que l'Evangile de Luc met dans la bouche du Vieillard Siméon (Lc, 2, 29 à 32). A la Grande Saint-Siméon, qui coïncidait avec le dimanche de la Trinité, il y avait messe à la chapelle et "lecture" d'évangile "sur" les fidèles venus, celle fois, individuellement.

    La différence des deux statues, celle de la chapelle et celle de l'église, a cependant de quoi troubler, lorsqu'on sait qu'il existe trois saints Siméon autres que le Vieillard Siméon, que tous les trois sont connus en Normandie et que deux d'entre eux ont été ermites ! Le troisième n'est autre que le deuxième évêque de Jérusalem ; il est patron de La Lande-Saint-Siméon dans l'Orne et sa fête tombe le 18 février. Quant aux ermites, Fun. dit Siméon de Trèves, aurait pratiqué l'érémitisme au Sinaï avant de venir en Normandie lit temps du duc Richard 11, donc dans le premier quart du XII siècle. Traversant le Passais, il y attrait conjuré une grave épizootie. Depuis ce temps, il est l'objet d'un culte populaire a Saint‑Siméon de Passais où une chapelle et une source portent son non) et où est conservée une relique de lui ; il est imploré pour la protection du bétail et pour que le temps soit favorable aux récoltes ; sa relique est particulièrement vénérée le 24 juin et les deux dimanches qui encadrent cette date, en un triple pèlerinage très fréquenté, annoncé dans les journaux locaux, dont la dernière journée petit même être présidée par l'évêque de Sées ‑comme ce fuit le cas en juin 1988, par exemple. Un demi-siècle auparavant, lors de l'épizootie de fièvre aphteuse de 1938, la relique du saint avait même été portée de ferme en ferme pour assurer la protection du bétail. Un saint ermite donc, oui... mais dans la statuaire ancienne de l'église on reconnait bien un saint ermite, mais aussi le vieillard Siméon !

    C'est un autre saint ermite Siméon qui est vénéré sur la côte Est du Cotentin entre Portbail et Saint-Georges-la-Rivière : il s'agit de saint Siméon Stylite, le très fameux ermite syrien du IVe siècle. Parmi les épreuves qui l'atteignirent sur la colonne où il faisait pénitence, est mentionné un ulcère au pied. Ce qui explique sans doute que, dans sa chapelle près de Portbail, saint Siméon soit imploré pour la guérison d'affections de la peau : eczéma, verrues ; mais on l'y prie aussi contre la pluie et contre les vers blancs ravageurs de récoltes. Le nombre annuel de messes demandées est de 150. Il y a deux jours de pèlerinage : le 5 janvier, fête du saint, et le dimanche de Pentecôte. Le saint est bien représenté en stylite au revers du calvaire proche de la chapelle... mais dans l'église paroissiale de Saint-Georges-la-Rivière, on peut voir une statue du vieillard Siméon !

    C'est ce dernier que l'on retrouve à Neuilly-la-Forêt, en Bessin, où il donne son nom à une fontaine dont l'eau était réputée guérir les maux d'yeux. A l'abandon depuis la deuxième guerre mondiale, semble-t-il, cette fontaine a été restaurée en 1990 par les bénévoles de l'Association pour l'histoire de Neuilly : le premier dimanche de juillet, elle a été inaugurée par une procession venue de l'église paroissiale et portant la statue du saint (Ouest-France, 6juillet 1990).

    La similitude de nom a-t-elle contribué à fusionner des cultes différents ? ou bien l'Eglise a-t-elle cherché à mieux contrôler certaines dévotions populaires en superposant le Vieillard Siméon a ses homonymes ? Quoi qu'il en soit, il est à remarquer que la multiplicité et même la confusion entre saints de même nom ne constituent aucunement un obstacle au développement et au maintien du culte populaire. Ce dernier adjectif ne doit d’ailleurs pas tromper, on trouve le témoignage de ce type de dévotion jusque dans les milieux dirigeants de l’ancienne France. Ce qu’illustre le cas d’un saint natif de Bayeux : Marcouf.(…)

    BIBLIOGRAPHIE

    Fournée, Docteur Jean. ‑ Le culte populaire et l'iconographie des saints en Normandie. Etude Générale, Paris, Société Parisienne d'Histoire et d'Archéologie normandes, 1973.

    Fournée, Docteur Jean. - Enquête sur le culte populaire de saint Martin en Normandie. Paris, Société Parisienne d'Histoire et &Archéologie normandes, 1963.

    Sur saint Siméon

    Duncombe, Catherine. ‑ Enquête sur le culte populaire de Saint‑Siméon à Sainte-Honorine-des-Pertes et sur les différents saints homonymes encore honorés en Basse-Normandie. Mémoire pour l'obtention du Diplôme d'Etudes Normandes, Université de Caen,1990.

    Sur saint Clair

    Henaff, A. - La dévotion à saint Clair en la paroisse de Saint-Clair-sur-Elle au XIXe et XXe siècles. Mémoire pour l'obtention du Diplôme d'Etudes Normandes, Université de Caen, 1988.

    Sur saint Marcouf

    Fournée, Docteur Jean. - Deux Saxons de Bayeux : saint Evroul et saint Marcoul, Cahiers Léopold Delisle, XVII, fasc. 3‑4, 21 semestre 1968, p. 37-54.

    Sur l'affaire de la fontaine Saint‑Marcouf

    Voir- la note d'Arcisse de Caumont dans l'Annuaire... de l'ancienne Normandie, XXVII, 186 1, p. 442-445”.

    In 30e volume de la Société des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Bayeux : extrait de l’article “le culte populaire des saints dans le Bessin” par J.J. Bertaux.

    “ Chapelle Saint-Siméon, XIVe et vers 1850 en calcaire, chemin des Poissoniers : Située près de la mer, au milieu de la verdure, cette ancienne chapelle dotée d'un campanile est mentionnée dans le Livre Pelut sous la dénomination de “ capella sancti Simeones ”. Reconstruite au XIXe siècle, elle est partiellement détruite en 1944. Il s'agissait autrefois d'un lieu de pèlerinage très fréquenté. Un sentier conduit à la fontaine puis aux falaises d'où coulent des eaux calcaires et pétrifiantes censées guérir certaines affections, dont la fièvre tremblante. ”

    in Le Patrimoine des Communes du Calvados, Flohic éditions 2001.

    SIMEON SIMEON

    « CHAPELLE SAINT SIMEON

                D'après le livre rouge de Bayeux, en 1261, le roi Louis IX apprit qu'une chapelle de Saint-Siméon, située dans la paroisse de Pertes-sur-Mer, au diocèse de Bayeux, avait été détruite par les ravages de la mer et que le chanoine Jean Le Gendre la reconstruisait dans un autre endroit de la montagne près de la mer, sur une pièce de la terre qu'il avait achetée au Roi. De passage à Rouen, Louis IX approuva cet achat et, — écrivait-il — " par amour de Dieu, et pour l'honneur se Saint-Siméon, nous voulons accorder que le même Jean puisse achever de construire cette chapelle dans le lieu dit, sauf notre droit et celui des autres en toutes choses". Ces derniers mots attestent le respect de Saint Louis pour le droit d'autrui comme pour celui de sa couronne.

                Bien que construite à l'âge d'or de l'architecture, cette chapelle était encore destinée à disparaître. Cela valut aux sires de Grand-Val l'honneur de la fonder à nouveau. On en trouve mention dans les aveux rendus au Roi par ses seigneurs.

                En retour de leurs frais de construction et d'entretien, ceux-ci avaient le droit de prélever sur l'autel de Saint Siméon, le jour de la fête annuelle, quatre deniers d'offrande et une havée de cire, soit autant de cierge que le seigneur pouvait en tenir dans sa main (en avoir, en haver du verbe Latin habere, signifiant avoir).

                Le 11 mai 1620, fête de la Trinité, à l'assemblée traditionnelle, Guillaume Piquod, seigneur de Grand-Val, perçut la havée de cire et les quatre deniers. Le 30 septembre 1728, une déclaration du curé Maizerel reconnut le même droit, lequel fut de nouveau mentionné, le 12 juillet 1786, dans un écrit conservé aux archives du Calvados.

    SAINT SIMÉON ET LES FIÈVRES

                Au bien de l'humanité souffrante devait contribuer le culte de Saint Siméon à Sainte Honorine — comme d'ailleurs celui de Saint Gerbold à Englesqueville et celui de Saint Roch à Isigny. Remarquons d'abord qu'en ces trois paroisses les chapelles bâties à une grande distance des églises paroissiales facilitaient l'assistance à la messe et la réception des sacrements aux personnes qui en étaient éloignées. De plus, rappelons que Dieu a donné aux Saints le pouvoir de guérir certaines maladies ; s'ils le faisaient alors qu'ils partageraient ici-bas l'infirmité humaine, à plus forte raison depuis que leurs âmes sont au ciel obtiennent-elles du Tout-Puissant la faveur de rétablir les santés spirituelles et corporelles si souvent altérées en conséquence de la chute originelle.

                On sait que, dans notre humide Bessin, surtout avant la bonne tenue de la vallée d'Aure et au temps où l'on mettait le chanvre à rouir en des mares stagnantes, certains moustiques dont les œufs éclosent à la surface des eaux mortes, amenaient et propageaient jadis les fièvres dites tremblantes et intermittentes. On les appelait intermittentes à cause de leur alternance : la fièvre quotidienne revenait à peu près à la même heure chaque jour, la tierce deux fois en trois jours, la quarte laissait deux jours libres... Il y avait aussi la fièvre tierce doublée dont les accès étaient alternativement inégaux, la fièvre triple-quarte ayant deux accès faible et un fort, etc...          

                Ces fièvres étaient dites tremblantes, parce qu'elles commençaient par un frisson survenant brusquement et durant d'une demi-heure à une heure, frisson suivi d'une chaleur devenant de plus en plus vive et persistant de 6 à 12 heures.

                Les fièvres abrégeaient la vie humaine, celle des hommes principalement, d'après ces lignes qu'écrivait Georges Villers dans une étude sur la baie des Veys : " Isigny, Saint-Clément et Fontenay, communes bordant les Veys, sur une population de 2612 habitants, ne comptaient en 1850 que 17 hommes au-dessus de 70 ans, et que 2 octogénaires ; tandis que d'après la proportion moyenne pour tout l'arrondissement il devraient y avoir 62 individus au-dessus de 70 ans et 10 de 80 ans et au dessus. La mortalité dans les mêmes communes est, depuis 20 ans (de 1837 à 1857), de 1 décès par 37 habitants, alors que la moyenne pour les communes rurales est de 1 décès pour 51 habitants". Annuaire normand pour 1858, page 523.

                Très anciennement victimes des fièvres tremblantes, les habitants de Sainte-Honorine et de nos régions marécageuses en furent notoirement délivrés par l'intercession se Saint Siméon. Cet homme de Dieu peut être le même que le patron de la paroisse Saint Siméon, dans l'Orne, où se trouvait jadis un prieuré dépendant du Plessis-Grimoult dans le Calvados. En 1862, le curé de Saint-Siméon écrit que six mille pèlerins viennent annuellement à son église et qu'on voit à quelque distance de son petit bourg " une fontaine à laquelle plusieurs vont puiser de l'eau par dévotion. Selon la croyance de ces personnes, cette eau guérît de la fièvre... " Nous extrayons ces lignes de la Notice sur Saint Siméon, solitaire dans la Passais, insérée dans les Vies des Saints du diocèse de Séez, par Blin, curé de Durcet, tome II, page 244, imprimée à Laigle en 1873.

                Le culte de Saint Siméon est très répandu dans les doyennes de Passais, de Le Teilleul et de Landivy, comme dans ceux de Trévières, Isigny, Ryes, Bayeux et Balleroy.

    ASSEMBLÉE SAINT SIMÉON

                A Sainte Honorine il y avait, et il y a encore, deux jours d'assemblée et de pèlerinage à la chapelle Saint Siméon. le premier s'appelle la petite Saint Siméon et voyait naguère toutes les paroisses sises entre Vierville, Mosles et Commes venir processionnellement en chantant les vêpres l'après-midi de l'Ascension ; le deuxième jour, ou grande Saint Siméon, amène des visiteurs de fort loin. Il y a Messe des Vêpres à la chapelle rebâtie vers 1850 dans le second herbage, plus favorable au recueillement que le premier contenant la cave (destinée à loger les tonneaux de cidres débités à l'assemblée des étalages des marchands forains où l'on trouve les objets utiles à l'alimentation (charcuterie, coquillages, fruits...) à l'habillement et au luxe).

                Toutefois, au milieu des touristes, simples spectateurs, un très grand nombre de vrais chrétiens venaient et plusieurs viennent encore témoigner leur reconnaissance à Saint Siméon pour des guérisons que la quinine n'avait pu réaliser. Que de messes ont été et sont demandées en l'honneur de ce Saint, que de cierges, d’Évangiles récités avec l'invocation : Saint Siméon, priez pour nous ! Après les longues stations dans la chapelle, on se dirige par un sentier (que nous avons trouvé plutôt pénible, il y a 60 ans), vers la fontaine d'un accès très difficile. Aussi, moyennant dix centimes, un employé de la ferme, dite de Saint Siméon, va puiser un peu de l'eau merveilleuse que chacun boit avec respect. Cette eau est mentionnée dans le dictionnaire historique et géographique de l'abbé Béziers (tome II, page 318) écrit vers 1765 et conservé au château de Vaussieu. Il y est dit que " la chapelle Saint Siméon, située sur le bord de la mer, au couchant de l'église paroissiale, est renommée par le grand nombre de pèlerins qui y viennent de fort loin et plus encore par sa fontaine d'eau vive part du haut d'un rocher et qu'on assure avoir la vertu de pétiller....

    LES CHAPELAINS DE SAINT SIMEON

                Primitivement, les chapelains de Saint Siméon étaient choisis par l’évêque de Bayeux, d’après les recherches de M. de Laheudrie. Toutefois, en 1418, le roi anglais Henry V, devenu maître de la Normandie, s’arrogea ce droit de patronage. A XVIII siècle, il appartenait à la Sainte-Chapelle de Paris, ainsi que nous le verrons. Grâce à l’obligeant archiviste, M. le Chanoine Le Mâle, voici le texte de la prise de possession du chapelain qui remplaça M. Godefroy Le Maizerel décédé.

                « L’an 1732, le jeudi, dixième jour de  janvier, à la requête de M. Louis Brunet, prêtre du diocèse de Bayeux, et en vertu tant des provisions de la Cour de Rome, lui donnant la chapelle ou chapellenie de Saint-Siméon scise dans la paroisse de Sainte-Honorine-sur-Mer, au dit diocèse de Bayeux, accordées au dit sieur Brunet par N.S.P. le Pape, vacante par la mort de M. Godefroy Le Maizerel, prêtre, dernier titulaire d’icelle chapelle, dûment signées, scellées, vérifiées et insinuées, que des lettres de visa délivrées au dit sieur Brunet par …Mgr Paul d’Albert de Luynes, évêque de Bayeux, les dites lettres en date du 29 décembre dernier… Nous, Robert Tostain, notaire royal et apostolique en ville et diocèse de Bayeux, résidant paroisse Saint-Loup-sur…, soussigné, nous sommes transporté avec le dit sieur Brunet, Denis Le Cerf, bourgeois de Saint-Loup-sur-Bayeux et François Langlois, de la paroisse de Ranchy, au presbytère du sieur Malouin, curé de Sainte-Honorine, auquel nous avons demandé la clef de la porte de la dite chapelle… lequel curé nous a répondu qu’il n’est point saisy de la dite clef et qu’il va nous accompagner à aller à la dite chapelle…. et sur le chemin avons entré avec le dit sieur Brunet et le dit sieur Le Cerf dans la maison de Thomas Poitevin, dépositaire ordinaire de la clef. En laquelle maison nous avons trouvé Marie Le Goupil, femme du dit Thomas Poitevin, laquelle nous a dit et déclaré que le sieur curé prit le jour du samedy dernier la dite clef pour célébrer la messe dans la dite chapelle et que le sieur curé ne la pas remise. Vu quoy, nous avons continué à aller à la dite chapelle et y étant parvenus, avons en la présence des dessus dits et autres témoins… mis et installé le dit sieur Brunet ainsi pourvu, présent en personne et ce requérant, en la possession réelle et actuelle de la dite chapelle se Saint-Siméon, ensemble des droits, fruits, profits, revenus et émoluments, appartenant à cette chapelle, tels et semblables qu’en a joui et dû jouir le dit feu sieur Maizerel, dernier titulaire, par le toucher de la grande porte de la dite chapelle et toucher des murs d’icelle, à laquelle prise de possession lue et publiée à haute et intelligible voix par nous dit notaire personne ne s’est opposé, et a le dit sieur Brunet signé le formulaire (contre les erreurs jansénistes) ainsi qu’il appert par les dites lettres du visa ; et nous avons fait ostension et exhibition des dites pièces remises au dit sieur Brunet, dont et de tout ce que dessus dit sieur Brunet nous a requis acte, à lui octroyé pour luy valoir et servir ainsi que de raison. Fait et passé en la dite paroisse se Saint-Honorine à la porte de la dite chapelle, présence du sieur Malouin, curé, de Le Cerf, Langlois, Jean Picot et Louis Beziel de la paroisse de Sainte-Honorine et y demeurant…

                Contrôlé à Bayeux, le 11 janvier 1732, reçu livres par Belley. Signé : Tostain, avec paraphe et scellé. Insinué (enregistré) le 14 janvier au dit an. Payé 3 livres. » En cet acte on reconnait plusieurs noms du pays et Béziers dans Beziel.

                Louis-Claude Brunet permuta sa chapellenie contre le cure de Ranchy avec Nicolas Le Roy, curé de Ranchy. En effet, « par devant Robert Tostain, notaire à Bayeux, le 21 janvier 1735, furent présents Nicolas Le Roy, prestre curé de la paroisse Notre-Dame de Ranchy et paisible possesseur de la dite cure, malade de corps, toutefois sain d’esprit et d’entendement, ainsi qu’il nous est apparu et aux témoins… étant de présent en cette ville de Bayeux en la maison de Mr Emery Le Vanier, avocat bailliage et vicomté de Bayeux, (maison) scise paroisse se Saint-Paroisse, — et Mr Louis-Claude Brunet prêtre chapelain de Saint-Siméon étant aussi en cette maison — lesquels ont respectivement par ces présentes remis et résigné purement et simplement… » entre les mains de Mgr l’Evesque de Bayeux le dit Le Roy sa cure de Ranchy en faveur du dit Brunet et celui-ci sa chapelle Saint-Siméon au profit du dit Le Roy… affirmant les dits sieurs copermutant qu’en la présent permutation il n’est intervenu et n’interviendra aucun vol, fraude, symonie n’y autres pactions contraires aux dispositions canoniques.

                Fait à Bayeux en une des chambres de la maison, en présence de Mr Richard Le Paulmier, praticien, bourgeois de Bayeux et de François de Patry, écuyer, demeurant au dit Bayeux, paroisse Saint-Ouen-du-Château. »

                Le 4 juin Nicolas Le Roy constituait Mr Jacques Fontaine, vicaire de Saint-Patrice, son procureur général et spécial, et lui donnait pouvoir de « pour lui et en son nom prendre possession réelle, actuelle et corporelle de la chapelle de Saint-Siméon, ce qui eut lieu le même jour «  sur les 7 heures du soir, par la libre entrée en la dite chapelle, touché et baiser de l’autel, touché du missel, son d’une petite cloche et autres cérémonies, présence de M. Joseph Enault, prêtre, demeurant à Colleville-sur-Mer, Robert Féron, prêtre de Saint-Patrice, Thomas Chardin de Saonnet et Louis Beziers, couvreur de Sainte-Honorine, lesquels signent avec le notaire.

                Le 1er juin 1743, le trésorier et chanoines de la Sainte-Chapelle du Palais royal de Paris présentaient à l’évêque de Bayeux, M. Jean-Baptiste Bourdon, originaire de Caen, reçu docteur en théologie le 10 février 1723 et curé d’Etreham depuis 1728, comme apte et capable d’être pourvu de la chapelle de Saint-Siméon.

                Le 6 juin, M. Moussard, vicaire général de Mgr de Luynes, évêque de Bayeux, conférait, au nom du prélat, cette chapelle à M. Bourdon qui prenait possession l’après-midi par le ministère de Michel-François Duhamel, notaire à Bayeux, s’étant transporté exprès avec le dit sieur Bourdon en la dite chapelle de Saint-Siméon, paroisse de Sainte-Honorine, en la présence de M. Philippe Le Bret, agent M. le marquis d’Etreham, brigadier des armées du Roy ;de M Pierre Maistrel, marchand bourgeois de Bayeux, paroisse Saint-Martin ; Michel Cousin, laboureur, et Jean de Montégu, tous deux demeurant à Etreham ; Jean Anne et Jacques Poitevin, journaliers à Sainte-Honorine, et plusieurs autres à ce témoins requis et appelés. Acte contrôlé à Bayeux le 7 juin ; reçu 6 livres, etc.

                Le nouveau chapelain de Saint-Siméon possédait un savoir-faire et une activité lui permettant de remplir ces modestes fonctions sans négliger sa charge pastoral d’Etreham ; au besoin, il était aidé et suppléé par son homonyme, M. Jacques Bourdon, directeur des Nouvelles converties, à Caen ; par l’abbé François Tovet, chapelain du château de Vaulaville ; puis par un jeune prêtre qu’il avait conduit à l’autel (Michel Dubosq). Le docteur en théologie Jean-Baptiste Bourdon était un écrivain habile et éloquent si l’on en juge par une longue lettre adressé à Mgr de Luynes au sujet du jansénisme et conservée dans les archives d’une famille de La Cambe, jadis alliée à celle des Bourdon, de Verson. Patriote, il invitait l’abbé de Graville, chancelier de la cathédrale, à bénir dans l’église d’Etreham les trois drapeaux donnés au détachement de la capitainerie de Port-en-Bessin par le commandant marquis Jacques de Hérissy (13 mai 1745). Zélé et généreux, il contribuait pour plus de cent livres à la réfection de la couverture de l’église et dotait la jolie tour d’une seconde cloche qui eut pour marraine Jacqueline de Hérissy, épouse du seigneur de l’If en Vouilly. Il avait préparé le retour au catholicisme de la mère de Jacqueline et il avait célébré son service funèbre 3 jours après l’inhumation faite en l’église Saint-Sulpice, à Paris, le 12 janvier 1747. Mais alors l’abbé J.B. Bourdon avait cessé de desservir la chapelle de Saint-Siméon. Celle-ci eut pour chapelain, pendant vingt ans, M. Louis Le Blanc qui, en 1764, résigna sa charge en faveur d’un diacre de l’archidiocèse de Rouen, M. Richard-François de Varengue. Mais il fallut demander au Pape son approbation, laquelle fut «  donné à Rome, près de Sainte-Marie-Majeure, le 3 des ides de juin 1764 ». Son successeur, M. de Varengue, fut investi de ses fonctions par l’évêque de Bayeux, Mgr de Rochechouart, le 26 mars 1765, en présence de M. Jean-Baptiste Le Hériché, prêtre de Saint-Sauveur de Bayeux, et de M. Jean-Pierre Duchemin, prêtre de Saint-Martin.

                La révolution supprima le poste de chapelain et voulut abattre la chapelle qui se trouvait alors près de la mer, là ou l’on voyait encore naguère un pan de mur.

                On raconte que pour anéantir le culte de Saint-Siméon, deux citoyens mirent le ciel au défi de les obliger de recourir au « vieux guérisseurs ». A peine avaient-ils fini de parler, qu’en présence de leurs interlocuteurs, ils commencèrent à trembler et à pâlir. Après quelques jours d’une fièvre que le médecin du lieu ne put couper, les deux patients firent amende honorable et vinrent à la chapelle où ils furent guéris.

                Le dix-neuvième siècle vit construire l’oratoire actuel par la famille Poitevin, propriétaire de la ferme du Grand-Hameau, maintenant dite Saint-Siméon. En mourant, le 18 avril 1897, M. Jacques Poidevin-Couvert transmettait ce domaine à sa veuve, Julie-Mathilde Poitevin et à leurs trois filles, Mmes Eugène Lalouel, Jules Lesoudier, Henri Jacob (celle-ci défunte et représentée par sa fille Marie, dame Asselvander). Au lendemain de la mort de leur mère (octobre 1918), ces dames cédèrent le domaine de Saint-Siméon à MM. Pierre et Jean Dupont, d’Isigny. Ainsi devenus propriétaires de la chapelle, ces messieurs l’ont rajeunie en obtenant de Mgr l’Evêque de Bayeux l’autorisation d’y faire suppléer les cérémonies baptismales de Rodolphe-Jean-Maurice-Emile Dupont (11 septembre 1920), par M. l’abbé Gallot, curé de Sainte-Honorine, et de Paulette-Véronique Dupont (16 mai 1921), par le chanoine Auguste, doyen d’Isigny, sur l’invitation de M. le curé de Sainte-Honorine.

                Chapelain se Saint-Siméon, en même temps que le curé de Sainte-Honorine, M. l’abbé Gallot reçoit fréquemment des demandes de messes pour des malades que la fièvre ne tarde pas à quitter. Des guérisons instantanées ont lieu, notamment à Arromanches et Moon-sur-Elle (Manche), il y a peu d’années. »

    https://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=3&ved=0ahUKEwjGtbzoyp3LAhVMvxQKHeTfAgoQFggvMAI&url=http%3A%2F%2Fwww.saintehonorinedespertes.fr%2FIMG%2Fdoc%2FSainte-Honorine-des-Pertes.doc&usg=AFQjCNGmWACH0PtHftvkPuKtubCyfonPLg&cad=rja

     

    NEUILLY-LA-FORÊT : 

             "Culte aussi à Neuilly-la-Forêt (canton d'Isigny-sur-Mer) où une fontaine guérisseuse produit une eau censée venir à bout des verrues et des maladies des yeux."

    in Les saints qui guérissent en Normandie d'Hippolyte Gancel, éditions Ouest France 1998.


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